Château Barail du Pourteau

Situé sur les hauteurs de Guitres et non loin de Bayas se trouve le Château Barail du Pourteau sur un lieu-dit qui était voué à disparaître. Sébastien Gaury est la 5e génération sur la propriété et c’est son arrière grand-père, conseiller municipal à l’époque, qui s’est opposé à sa suppression en disant : « Non on garde ce lieu ! un jour il y aura un château ici ! » Il était visionnaire. Partons à la découverte de ce vignoble !

« La première pierre de l’entreprise familiale a été posée en 1904 et petit à petit elle s’est agrandie. Mon grand-père m’a transmis sa passion et j’ai moi aussi voulu travailler dans ce milieu. Je me suis lancé dans les études en faisant deux ans de BEP à Blanquefort, une année d’aide familiale. Par la suite, j’ai fait un BPREA c’est-à-dire un brevet professionnel responsable d’exploitation agricole à La Réole. Nous avons eu un drame familial, j’ai perdu mon grand-père, je suis parti travailler ailleurs et ça m’a forgé le caractère. En 2016, mon père a décidé de prendre sa retraite, j’ai repris l’exploitation à la suite. » Des changements ont été faits comme replanter la vigne. A l’heure actuelle, la vigne au Château Barail du Pourteau à 15 ans environ.

« C’est au côté de mon grand-père Michel que j’ai beaucoup appris le travail de la terre. C’est pour lui rendre hommage que cette cuvée est ainsi nommée ! »

Sébastien

« J’ai environ 8 hectares avec 90% de merlot, 7% de cabernet franc et cabernet sauvignon et 3% de malbec. En 2021, j’ai fait ma première récolte de ce cépage. Le plus gros de ma production part avec les négoces. Je n’ai pas la place de faire des bouteilles, je ne fais pas non plus de salons. Nous vendangeons à la machine sauf une parcelle que l’on fait à la main. Mes vignes sont sur Guitres et Bayas. Nous produisons deux étiquettes en rouge : la première qui est le Château Barail du Pourteau en appellation Bordeaux et en 100% merlot. La deuxième, Chevalier Saint-Michel, en l’honneur de mon grand-père qui m’a transmis sa passion, est en appellation Bordeaux Supérieur et avec comme cépages 85% de merlot, 10% de cabernet franc et 5% de cabernet sauvignon. Le vin est élevé 18 mois en fût de chêne. Nous faisons également un peu de rosé qui porte l’étiquette Ossanna, le prénom de ma première petite-fille. Il est composé de 50% de merlot, 25% de cabernet franc et de 25% de cabernet sauvignon. Je suis en train de réfléchir pour faire un rosé pétillant qui porterait le nom de mon petit-fils. » Vous pouvez retrouver le Château Barail du Pourteau sur certains marchés gourmands.

Concernant les traitements : « Je suis sensibilisé par l’environnement ! Nous étions en agriculture conventionnelle depuis toujours. Mes grands-parents puis mon père ont suivi l’évolution notamment des produits. Moi, pour le moment, je ne suis pas passé en bio mais j’ai la certification HVE 3. Je n’emploie plus de produits CMR* et j’utilise très peu de désherbants. Il faut surtout savoir utiliser les produits à bon escient. J’ai fait des choix personnels avant de les faire pour avoir une certification ! Je suis en HVE mais je ne sais pas vraiment pourquoi d’ailleurs. Les négoces me disaient que les vins de cette catégorie partaient mieux mais moi ça ne me vient même pas à l’idée de le dire. Je suis très critique sur cette certification ! C’est pour moi un permis à point, je ne pense pas que le système durera. Ca ne parle pas aux gens. Cerise sur le gâteau, je cherchais à vendre le reste de mon 2019 en même temps que tout mon 2020 et j’ai prévenu ma courtière que le 2019 n’était pas encore en HVE car elle voulait le prendre en un seul lot. Elle était sceptique sur le fait de le vendre et l’histoire s’est mise à traîner. J’ai donc contacté un autre courtier, celui-ci m’a dit la même chose mais il m’a finalement trouvé un négociant qui n’en avait rien à faire du HVE et qui a fait partir le vin en Chine… »

« Le bio pourquoi pas ! J’utilise de moins en moins certains traitements »

sébastien

Vers une transition dans le bio ?  » J’y réfléchis de plus en plus. Il y a certains produits dont je me passe. Il y a aussi un aspect financier : quand je vois le prix des traitements, je me dis pourquoi ne pas employer que du cuivre. »

« Mon arrière grand-père était un des fondateurs de la cave coopérative de Guitres. Donc lui-même, mon grand-père ainsi que mon père portaient leurs récoltes en cave. Seulement à ma reprise de la propriété, j’ai décidé de monter un chai à la place de l’étable où mon grand-père avait ses vaches et de faire mon propre vin. Cela fait donc la 6e année que je fais mon vin. Pour plusieurs raisons, la première était l’envie de faire mon propre nectar, la deuxième était une question financière. Quand on amène à la cave, on a de nombreuses charges et je préfère pouvoir les maîtriser. Ca rapporte un peu plus de faire le vin chez soi, même si la période est très compliquée. Mais également parce qu’en 2011, la cave de Guitres a fermé ses portes et qu’elle a fusionné avec celle de Maransin. Je suis allé visiter une fois le lieu et j’avais l’impression d’être dans un lieu d’intrigue policière. En tant que guitraud il était hors de questions que l’on change de cave ! » Ses grands-parents avaient beaucoup de blancs et faisaient de la Fine de Bordeaux puis Guitres est proche de la Charente, donc ça partait beaucoup pour faire du Cognac.

« Mon grand-père faisait de la polyculture et de l’élevage. Je m’y intéresse de plus en plus avec les années difficiles de la vigne. Mais ce n’est pas le tout d’en faire, il faut y réfléchir sérieusement. Les projets se font sur plusieurs années. Il y a un coût d’investissement. Il faudrait que les syndicats nous aident plus, à nous les plus petits châteaux pas seulement aux grands châteaux ou ceux faisant partie des grandes appellations. Il faut que notre argent serve à quelque chose ! Parce qu’on paye mais nous n’avons pas de retour ! Il faudrait mettre en place un prix minimum auquel vendre notre vin aux négociants. Car nous travaillons durement, nous vivons mais nous ne pouvons pas investir et c’est le serpent qui se mord la queue ! »

N’hésitez pas à aller à la rencontre de ce viticulteur pour déguster ses vins et en acheter !

CMR : est une catégorie de produits chimiques : il s’agit de produits cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques.

Comment élaborer un vin rouge ?

Les vendanges sont en cours ! Il faut amener le plus rapidement possible les grappes de raisin vers le chai pour quelles soient transformées en vin. Les baies qui n’ont pas les qualités requises sont écartées lors de la vendange ou sur une table de tri. Connaissez-vous les différentes étapes avant de l’obtenir ?

L’éraflage ou égrappage

Cette étape consiste à séparer les baies de la grappe à l’aide d’un appareil appelé érafloir, un outil constitué de pales tournant à vitesse variable et réglable. La rafle, qui contient des saveurs herbacées, est jetée. Sauf en Bourgogne où le raisin est partiellement éraflé pour garder la structure tannique.

Le foulage

Les baies de raisin sont foulées pour libérer le jus. Il faut éclater les grains à l’aide d’un fouloir. Cela permettra de favoriser un départ rapide en fermentation et le moût sera aéré par la même occasion. L’opération doit être faite avec la plus grande délicatesse pour ne pas endommager les pellicules.

La macération, le pigeage ou le remontage

Les baies et le jus sont plongés dans une cuve pendant 2 à 3 semaines. Pendant la macération, les pellicules, la pulpe et les pépins remontent à la surface et forment un chapeau solide : le marc. Pour qu’il puisse donner les arômes, la couleur et les tanins au jus, on casse le chapeau de marc et on l’enfonce dans le jus : le pigeage ou alors on pompe le jus par le bas et on le réintroduit au-dessus du marc : le remontage.

La fermentation alcoolique

Pendant la macération, les levures présentes à l’état naturel ou ajoutées, transforment le sucre de la pulpe en alcool. Le vin est en train de naître ! Cette étape dure environ 10 jours.

Le décuvage et le pressurage du marc

Cela consiste à séparer le vin du marc. On appelle le premier vin, le vin de goutte. Le marc est ensuite pressé pour récupérer le reste du jus qu’on appelle le vin de presse. On peut généralement constater une différence de couleur et de tanins qui sont plus chargés dans le vin de presse.

L’assemblage, l’élevage et la fermentation malolactique

On assemble le vin de goutte et le vin de presse. A la suite, le vin est conservé dans des barriques ou dans des cuves pendant quelques semaines jusqu’à 36 mois, pour les vins de garde. Pendant cette phase, les arômes et la structure du vin vont évoluer. Pendant 3 à 4 semaines, une deuxième fermentation se produit : la fermentation malolactique. Grâce à elle, le vin sera moins acide et plus stable

Le soutirage et potentiellement le sulfitage

Les levures et de potentiels dépôts tombent au fond de la cuve et sont éliminés. Parfois le viticulteur ajoute du soufre pour protéger le vin de l’oxygène.

Deuxième assemblage

De plus en plus de viticulteurs vinifient séparément les raisins en fonction de leurs origines. C’est-à-dire qu’ils font en fonction du cépage, de l’âge de la vigne et des parcelles. Ils pourront les utiliser et en faire des assemblages.

Le collage et la filtration

Cette étape n’est plus systématique. Elle consiste à agglomérer et éliminer les particules en suspension. Le viticulteur utilise une colle protéique comme du blanc d’oeuf. Pour rendre le vin plus limpide et brillant, il est possible de le filtrer. Ces actions peuvent modifier la structure du vin.

La mise en bouteille

Le vin est mis en bouteille et fermé avec un bouchon et une capsule. Il pourra être vendu à la suite ou pourra continuer à vieillir en bouteille.

Si le vin manque, il manque tout

Proverbe latin

Les vendanges

Les vendanges sont un moment très important dans le calendrier d’un vigneron. C’est le fruit du travail effectué tout le reste de l’année. Après avoir veillé sur ses vignes pour éviter l’apparition de maladies, mildiou, oïdium, ver de la grappe… mais aussi à surveiller la météo pour savoir à quel moment il faut faire les traitements car plusieurs facteurs rentrent en compte. Notamment la date, celle-ci est cruciale mais aussi la méthode : récolter les raisins à la main ou à la machine. Quand vendanger ? Avec quelle méthode ?

Quand vendanger ?

Le choix de la date est très important ! Faut-il précipiter le ramassage par crainte d’un épisode pluvieux au risque d’une maturité insuffisante ou prendre le risque d’attendre ? Si le viticulteur
récolte les raisins trop tôt, ils manqueront de sucres et seront trop acides mais si c’est fait trop tard, le raisin est trop mûr, trop riche en sucre et trop pauvre en acidité. La météo complique la tâche : des pluies abondantes feront pourrir le raisin et une chaleur caniculaire le desséchera.

Le vigneron doit prendre en compte d’autres paramètres comme les cépages. Ils ne mûrissent pas tous à la même allure. Le terrain avec le type de sol, l’altitude des parcelles et leur exposition géographique peuvent hâter ou retarder la maturité. La récolte se fait le plus souvent parcelle par parcelle en commençant par les cépages les plus précoces en finissant par les cépages les plus tardifs.

Il existe les vendanges tardives. Ces dernières sont réservées aux vins sucrés et sont particulièrement compliquées. Les liquoreux sont issus de raisins touchés par la pourriture noble, un champignon appelé « Botrytis Cinerea ». Il touche les baies en les desséchant et en concentrant le sucre et les arômes. Comme les grappes ne sont pas touchées de façon homogène, la récolte est étalée sur plusieurs mois tout en veillant à ne cueillir que les baies parfaites.

Un autre type de vendanges existe : les vendanges de glace. Pour faire du vin de glace, les viticulteurs doivent attendre que le baromètre soit en dessous des -7°C. Une pellicule de gel entoure les grains de raisins et ils sont encore plus concentrés en sucre que pour les vendanges tardives et ne contiennent presque plus d’eau. Malheureusement les pertes sont énormes et les rendements sont très faibles, ce qui explique le prix élevé des bouteilles. Cette vendange est réservée aux pays dont les conditions climatiques le permettent comme l’Allemagne ou le Canada.

Quelle méthode ?

  • Les vendanges à la main

Le viticulteur, en fonction de la taille de son exploitation, fait appel à la famille, aux amis ou embauche de la main d’œuvre saisonnière. Les vendangeurs coupent les grappes de raisin et les
posent dans un panier. Ils seront récupérés par des porteurs. Cette méthode connaît des avantages et des inconvénients. Les vendangeurs font un premier tri, ils ne choisissent que les grappes parfaitement mûres. Ce type de vendanges est privilégié pour les vins de haute qualité. Mais pour que ce soit un travail efficace, il faut qu’ils soient nombreux pour éviter que le raisin reste au soleil. Il faut
absolument éviter que les baies n’éclatent avant d’arriver au pressoir. Le jus pourrait s’oxyder et se détériorer. Cette main-d’œuvre est un coup financier important pour le viticulteur.

  • Les vendanges à la machine

La machine passe entre les rangs de vigne et secoue les pieds. Les baies de raisins mûres se détachent des grappes, elles tombent sur un système de tapis roulant. Si la machine est bien réglée et bien conduite, les baies tomberont en bon état et débarrassées de leur rafle*. En revanche, dans le cas contraire, les baies pourraient être abîmées. Cette méthode est aujourd’hui majoritaire. Elle est un moyen économique et rapide de vendanger. Elle autorise une grande souplesse d’intervention notamment une récolte de nuit. Elle nécessite peu de main d’œuvre. Mais si la maturité n’est pas homogène, il faudra faire un tri avant ou après la vendange pour ne garder que les bonnes grappes. Dans certaines appellations, comme en Champagne ou dans le Beaujolais, où utiliser la machine serait dangereux à cause des pentes ou des accès difficiles, la machine à vendanger est interdite.

Quelle que soit la méthode, il faudra effectuer un tri ultérieur au chai pour obtenir un vin de qualité !

Rafle : La rafle, ou la râpe, est la charpente d’une grappe de raisin. Elle est faite de fibres, de tanins et de matières minérales. Elle est constituée d’une ramification principale, portant, selon les variétés de vigne, une aile, ramification secondaire.

Cueillez la grappe pendant qu’elle pend, on ne fait pas toujours vendange.

Marivaux

Les Vignobles Bardet, de la tradition à l’originalité

Au détour d’une balade sur les bords de la Dordogne du côté de Vignonet (village proche de Saint Emilion), vous pourrez découvrir une propriété familiale qui mêle tradition et originalité : les Vignobles Bardet. J’ai rencontré Alice, la fille de Philippe et Sylvie Bardet, les propriétaires. Elle m’a dévoilé quelques secrets.

« Notre histoire commence en 1704 sur les berges de la Garonne. Négociants en vins et céréales, nos ancêtres naviguent sur la Garonne, la Gironde et la Dordogne pour charger sur la gabare des tonneaux de vin, qu’ils revendent ensuite dans les ports marchands. Alors que le commerce maritime prospère, la famille investit dans la vigne. Malheureusement la Révolution Industrielle bouleverse le commerce fluvial et provoque la fin de l’activité de gabarier. Ils décident donc de se consacrer à leur passion : la vigne ». Ils restent quand même très attachés à l’eau au vue de la situation géographique puisque quand vous êtes devant les bâtiments de la propriété, la Dordogne en face.

On continue la balade dans les vignes. « Un point très important chez nous, notre vignoble est en agroécologie depuis 1983. Nous avons beaucoup de recul et on sait que cela fonctionne. Il faut beaucoup de courage, s’accrocher le temps que la vigne reprenne ses droits. Nous nous basons sur plusieurs principes : la création d’écosystèmes afin que la vigne soit auto-immune c’est-à-dire que nous laissons les micro-organismes, nous laissons l’herbe, nous plantons des arbres et des haies pour faire de l’agroforesterie. Il faut aussi qu’elle soit auto-fertile. Donc au niveau des sols, nous avons 100% d’enherbement. Nous ne labourons plus sinon cela casse les réseaux de communication qui permettent l’échange d’eau et de nutriments. Nous ne mettons pas de compost et d’amendements car la vigne n’en a pas besoin. Nous laissons les oiseaux, les chauves-souris, les insectes, les bactéries… travailler seuls ».

« Nous intervenons le moins possible sur la vigne, nous l’observons pour l’aider si besoin »

Alice

Avançons dans la visite. Nous arrivons devant deux machines très importantes aux Vignobles Bardet : « Mon père est très novateur. Il a toujours cherché de nouvelles machines pour améliorer ces productions, la sélection de ses meilleures baies. Il a conçu deux engins innovants : la tribaie qui permet de trier et de nettoyer les baies en éliminant les débris, les feuilles et les fruits qui ne sont pas assez mûrs ou parasités et la calibaie qui permet de sélectionner les meilleures baies en séparant les plus petites, les plus concentrées en sucre, des plus grosses. Les baies les plus petites servent à l’élaboration des Premiers vins de la propriété tandis que les Second vins sont élaborés à partir des grosses baies ».

« Mon frère Thibault est fan des innovations, il a 150.000 idées à la seconde »

Alice

Voilà le moment de la découverte des vins qui animent la propriété familiale. « Nous sommes producteurs exclusivement de rouges. Nous avons plusieurs gammes différentes. Nous avons nos châteaux traditionnels en St Emilion Grands Crus qui correspondent à chaque génération qui s’est investie dans la vigne. Depuis la création du château dans les années 1920, chaque génération c’est-à-dire mon arrière-grand-père, mon grand-père, mon père et mes frères et moi avons créé ou racheté un château. Nous avons quatre marques fortes : Château du Val d’Or (mon arrière-grand-père), Château Pontet Fumet (mon grand-père), Château Franc Le Maine (mon père) et enfin la pépite de la maison, une toute petite production le Château du Paradis. Ce sont des marques qui ne changeront jamais. Nous avons aussi une gamme plus farfelue, plus fun où l’on casse les codes de St Emilion. Notamment avec des innovations marketing avec des vins de licences de séries télévisées. Nous avions fait, il y a quelques années, du vin pour Game of Thrones mais nous n’avons pas été reconnu officiellement comme producteur donc nous avons stoppé la production. Grâce à ce « partenariat », nous avons eu le contact pour travailler avec la série Peaky Blinders. Nous sommes devenus vins officiels. Nous faisons un vin à l’ancienne comme dans les années 20/30 dans des cuves béton avec des vieilles techniques viticoles. Nous produisons deux cuvées beaucoup plus brutes. »

L’exploration continue avec la gamme sans sulfites ajoutés. « Avec notre travail en agroécologie, nous limitons les intrants. Tous nos châteaux traditionnels auront une version sans sulfites ajoutés. Nous développons aussi des monocépages en 100% merlot: Soeurette et Causette tous les deux sans souffre. Et Louisette en cépages merlot et cabernet franc. Ce sont les cuvées élaborées par mes frères et moi. Des vins pour des moments conviviaux en famille et aussi entre amis. Nous en avons un dernier, le Dirty South qui casse les codes avec une étiquette révolutionnaire. C’est un mélange des quatre châteaux avec des vignes exposées plus au sud du domaine. Ce n’est pas fini, nous avons encore beaucoup de projets en tête ! Nous allons sortir une nouvelle gamme d’ici peu de temps mais je n’ai pas encore le droit d’en parler »

Vous avez envie de découvrir la propriété ? La famille Bardet vous propose des visites classiques mais également des visites insolites notamment autour de la poésie, du slam et du rap. Deux artistes vous feront découvrir les Vignobles avec des textes inspirés du discours des visites habituelles. Ils proposent également des visites avec de la magie. Vous apprendrez peut-être à transformer de l’eau en vin. Pour plus d’informations pour les dates, rendez-vous sur leur site internet !

Certification HVE

HV… Quoi ? Vous avez déjà entendu parler du bio, de la biodynamie, de l’agriculture raisonnée mais connaissez-vous ce qu’est l’HVE : la Haute Valeur Environnementale ?

En quoi cela consiste-t-il?

La certification HVE est une démarche de reconnaissance de la performance environnementale des exploitations agricoles. Il est encadré par la Commission nationale de la certification environnementale – CNCE – installée depuis le 25 octobre 2011 et qui rassemble toutes les parties prenantes : la profession agricole, les organisations de protection de l’environnement, les consommateurs, les professions de l’aval et les administrations. La certification environnementale est une démarche volontaire, accessible à toutes les filières et porte sur l’ensemble de l’exploitation. Elle est construite autour de 4 thèmes : la biodiversité, la stratégie phytosanitaire, la gestion de la fertilisation et la gestion de la ressource en eau. L’objectif est de rendre davantage visibles les efforts portés par les agriculteurs pour concilier « production » et « respect de l’environnement » en regroupant toutes les actions menées au sein d’un même ensemble. Les exploitations viticoles sont les plus nombreuses à avoir obtenu ce label jusqu’à présent. Les agriculteurs qui ont obtenu le label HVE pour leur exploitation peuvent apposer le logo sur leurs bouteilles afin de communiquer sur leur engagement environnemental auprès de leurs clients. 

Quels sont les différents niveaux de la certification environnementale ?

Cette démarche est construite selon un référentiel, et se décline en 3 niveaux graduels :

  • Niveau 1 (CEN1): Il correspond à la maîtrise de la réglementation environnementale et à la réalisation par l’agriculteur d’une évaluation de son exploitation au regard des cahiers des charges du niveau 2 ou du niveau 3. Il s’agit en clair d’un simple diagnostic pour identifier les axes de progrès nécessaires à l’obtention des deux niveaux suivants.
  • Niveau 2 (CEN2): Il certifie le respect par l’agriculteur d’un cahier des charges, comportant 16 obligations de moyens dans le domaine de la gestion des intrants (engrais et produits phytosanitaires), de l’irrigation et de la préservation de la biodiversité.  Il n’y a pas encore ici d’obligations de résultat.
  • Niveau 3 (HVE): C’est l’étape ultime, qui s’appuie sur des obligations de résultats mesurés par des indicateurs de performances environnementales.

Que garantit la certification HVE en viticulture ?

Le label HVE indique que le viticulteur ou l’agriculteur en charge de l’exploitation agricole a mis en œuvre des pratiques respectueuses de l’environnement et minimise son impact environnemental en exerçant son activité agricole. Le label HVE garantit également que l’exploitation agricole dispose d’une importante biodiversité (« zones naturelles » comprenant des insectes, de la flore et de la faune). Les clients qui achètent du vin certifié HVE vont donc s’engager dans une démarche environnementale en privilégiant les vins produits dans le respect de l’environnement.

Quelle est la différence entre le label HVE et le label AB ?

Le label AB atteste que le produit est issu de l’agriculture biologique. En revanche, le label HVE atteste simplement que les pratiques agricoles employées au sein de l’exploitation sont plus respectueuses de l’environnement que les pratiques agricoles conventionnelles. Les vignerons peuvent très bien utiliser des pesticides, du moment qu’ils prouvent leur effort pour en réduire l’utilisation. Au contraire, les viticulteurs biologiques devront respecter des conditions plus restrictives quant aux méthodes d’agriculture traditionnelles.

Le label HVE est-il un gage de qualité gustative ?

La certification HVE ne concerne que les conditions de production du vin, et non ses qualités gustatives. Ce sera donc au consommateur de juger !

Les travaux dans la vigne

Le meilleur des terroirs ne pourra produire un bon vin sans un vignoble bien entretenu et un travail de vinification soigné. C’est pour cela que toute l’année, les viticulteurs mettent leur savoir-faire et leur énergie à travailler la vigne. Après l’avoir taillé, carassonné*, plié, ils sont pour la plupart en train d’épamprer. Savez-vous en quoi cela consiste ?

Lorsque l’on regarde dans un dictionnaire, la définition que l’on y trouve est : « Action de supprimer, sur les ceps de vigne, les jeunes rameaux inutiles ». L’épamprage permet plusieurs choses sur la vigne : éliminer des rameaux non fructifères et de contrôler la vigueur de la vigne, limiter l’encombrement des souches, permettre une meilleure aération de la végétation, un meilleur état sanitaire en réduisant notamment le risque de contaminations primaires de mildiou. Il limite également le risque de phytotoxicité* des désherbants systémiques dans le cas d’un désherbage sous le rang. Il permet aussi de pouvoir passer avec des machines et notamment des machines à vendanger.

L’épamprage est réalisé entre le débourrement* et la floraison en une ou deux fois. S’il est réalisé trop précocement, il peut être nécessaire de repasser pour supprimer les pampres qui sortent tardivement. S’il est réalisé trop tardivement, le travail est plus long et plus difficile.

L’action du viticulteur ne s’arrête pas là. Il va effectuer le levage. Après la pousse importante en mai et juin, les rameaux retombent et ont besoin d’être guidés et palissés. Pour cela, on les attache aux fils de fer appelés « leveurs ». Cela consiste à monter les fils releveurs au fur et à mesure de la croissance du feuillage, ce qui permet de maintenir les rameaux en hauteur et dans le rang. Ils sont posés sur des pointes situées sur les piquets en bois ou dans les encoches des piquets métalliques et sont maintenus entre eux par des agrafes afin de résister à la pression exercée par le feuillage. Le feuillage est rangé entre les deux fils. L’opération est en général effectuée deux fois par an afin de suivre la croissance de la vigne. Cette intervention permet le passage des tracteurs, l’ensoleillement et l’aération des grappes.

Nous verrons dans un prochain article quels sont les autres travaux à venir dans les vignes !

Carassonner : Tout d’abord on vérifie l’ancrage du rang. On secoue tous les piquets afin de détecter les cassés ou ceux qui ne supporteront pas une campagne de plus. On répare les fils de fer coupés. On retend tous les fils de fer et on termine par le remplacement des piquets cassés, sans oublier de nettoyer la parcelle avec l’enlèvement des piquets et des pieds morts.

Phytotoxicité : Elle peut survenir si des adjuvants utilisés avec l’un des composants d’un mélange en cuve permet à l’autre composant de pénétrer les tissus de la vigne, même si à l’origine le produit n’y était pas destiné et qu’il en résulte des dégâts à la culture.

Débourrement : Épanouissement des bourgeons des arbres, de la vigne.

Avec le pampre de la vigne, un bout de cotillon lui fis

Dans l’eau de la claire fontaine, Georges Brassens

Domaine de la Chataignière, un domaine atypique

La propriété que je vous présente cette semaine se situe à Périssac dans le canton de Fronsac à 30km de Bordeaux. Laurent Français et sa femme Karine ont repris l’exploitation familiale.

« Le domaine de la Chataignière compte environ 25 hectares dont 16 hectares de vignes. Le reste, ce sont des parcs, des bois, des parcelles avec d’autres cultures m’explique Laurent Français. Nous sommes une propriété un peu atypique. Notre activité principale c’est quand même la viticulture et le vin mais nous avons également des activités secondaires. Nous faisons de l’élevage de porcs. Au départ, nous en avions deux pour notre consommation personnelle, puis, nos clients en venant sur le domaine, les ont vus et ils nous ont sollicités pour goûter. » Suite notamment à la grosse gelée de 2017, la grêle de 2018, Laurent et sa femme se sont dit qu’ils allaient tenté de se diversifier et élargir la gamme. Ils se sont lancés dans la production de porcs. « Le cheptel est limité entre 10 et 20 porcs par an. Avec cela, nous faisons différentes charcuteries comme le pâté de tête, des saucissons… Tout un tas de bonnes choses. Depuis l’an dernier, nous avons également planté une parcelle de blé. On fait un peu de céréales notamment de la farine que l’on a aussi mis à la vente sur le domaine. Et il nous arrive de faire du pain puisque nous avons un four à bois. »

La visite se poursuit vers un grand bâtiment : le musée viti-vinicole. « Il fait environ 400 m2 , nous y présentons de vieux outils que l’on a récupérés et restaurés. Ce genre d’objets plaît toujours aux personnes qui viennent visiter le domaine. » La balade reprend vers un bâtiment que nous n’avons pas forcément l’habitude de voir d’aussi près : un moulin à vent. « C’est l’édifice emblématique du domaine. Il est en état de fonctionnement. La particularité de ce moulin, il n’a pas été rénové. Il a été entièrement construit. Mon père étant passionné de moulin en cherchait un. Comme il n’en a pas trouvé, il s’est dit qu’il allait le construire En 1984, il a embarqué toute la famille dans ce projet un peu fou et les travaux ont duré 8 ans. On y travaillait les week-end et les vacances. Il est entièrement aménagé : il y a des engrenages, des meules, des butoirs.« 

« Je suis la deuxième génération de la propriété« 

Laurent

« Mes parents avaient la propriété viticole. Ils ont acheté des petites parcelles de 20/30 ares et pendant 20 ans, ils ont essayé de les regrouper jusqu’à avoir 8 hectares. En parallèle, avec mon épouse nous avions un domaine limitrophe avec eux et quand ils ont décidé de prendre leur retraite, nous avons fusionné les deux entités. Actuellement, je travaille avec ma femme, nous nous occupons de la partie viti-vinicole et commerciale. Mes parents entretiennent le parc. Nous produisons du merlot, du malbec ainsi que du sauvignon blanc. Nous avons une gamme très complète de vins car nous avons trois gammes de rouge en bouteilles, une en BIB (Bag in Box) qui sont des vins rouges de garde et fruités, deux rosés : un en bouteille et l’autre en BIB qui comme la gamme de blanc sec sont très aromatiques. Sans oublier les méthodes traditionnelles blanches et rosés et depuis le millésime 2021, nous élaborons aussi deux jus de raisins garantis sans alcool et sans sucres ajoutés. » L’idée de ces jus de raisin est venue à la suite de l’accueil de famille pour des dégustations. « Nous faisons de l’accueil de camping-car et lorsque nous recevions des familles, je n’avais que du vin à servir aux parents. Je n’avais pas spécialement envie de proposer des boissons industrielles aux enfants et m’est venu l’idée de faire du jus de raisin. Maintenant, nous pouvons servir une boisson non alcoolisée aux enfants« 

« Depuis l’année dernière, le domaine est en conversion bio« 

laurent

« Le bio est un état d’esprit, avec les porcs c’était naturel et normal donc je me suis dit que si je faisais les porcs pourquoi pas le reste. Après c’est surtout le désherbant qui me gênait. Pour le reste des traitements, je ne suis pas sûr qu’en bio on soit plus bio que les autres. C’est quand même énormément de passage, beaucoup de cuivre mais ça fait partie du cahier des charges. Le bio en vigne ce n’est pas la panacée alors que les porcs c’est vraiment du bio. »

Dans leurs activités secondaires, Laurent et sa femme ont développé le côté oeunotouristique. Ils font partie du réseau France Nation qui est un réseau de Camping Cariste. « On est dans une région où les accueillants sont tous des viticulteurs et avec ma production de porcs j’attire une clientèle qui recherche la diversité et ce genre de production. Je suis le seul en Gironde au moins dans le réseau France Nation. Même s’ils viennent pour acheter de la charcuterie, ils repartent aussi avec du vin. Je suis convaincu qu’il faut se diversifier. Attention, ce n’est pas simple ! Il faut trouver le bon créneau, celui qui plaît. Il ne faut pas faire pour faire ! Moi, l’élevage de porcs je suis passionné ! Quand vous le faites mal, vous n’arrivez pas à transmettre le bon message.« 

Si vous voulez découvrir ce domaine aux mille et une facettes et rencontrer Laurent et Karine n’hésitez pas à vous rendre sur la propriété lors d’évènements qu’ils organisent tout au long de l’année notamment le prochain pour la fête de la musique le 21 juin ! Vous pourrez alors déguster leurs vins ainsi que leurs charcuteries !

Qu’est ce que le vin ?

C’est la boisson alcoolisée préférée des français devant la bière, le champagne, les cocktails et les spiritueux purs. Mais savez-vous vraiment ce qu’est le vin ?

Quand l’on cherche dans le dictionnaire, les définitions que l’on trouve sont : nom masculin du latin Vinum, boisson fermentée préparée à partir de raisin ou de jus de raisin frais et nom donné à tous les jus dont une partie ou la totalité du sucre est transformée en alcool par fermentation. Mais le vin ce n’est pas que de l’alcool, c’est un produit complexe et divers par ses arômes, sa texture, son potentiel de garde. Beaucoup de détails entrent en jeu pour sa qualité : le cépage, le terroir, le climat, le savoir-faire…

La composition du vin

Selon la réglementation européenne, le vin est « le produit obtenu exclusivement par la fermentation alcoolique, totale ou partielle, de raisins foulés ou non ou de moûts de raisins ». Pour être déclaré vin, le produit doit titrer au minimum 8,5% vol. d’alcool. En termes de composition, le vin est un ensemble d’éléments qui s’associent de manière complexe et inconstante : l’eau – elle entre pour 80 à 90% dans sa composition, les alcools – éthylique ou éthanol qui proviennent de la fermentation naturelle du sucre du raisin par les levures, les acides – ils participent à la couleur et à la structure du vin. Ils sont issus soit du raisin (acides tartriques, maliques, citriques), soit de la fermentation (acides lactiques, succiniques, acétiques). Les professionnels ont pour usage d’exprimer l’acidité totale en acide sulfurique. Pendant sa maturation, le raisin se charge en sucres et en pectines*. Le vin contient toujours une part de sucres naturels que les levures n’ont pas réussi à transformer en alcool : ce sont les sucres résiduels. Les substances phénoliques qui sont contenues dans la pellicule et les pépins. Les polyphénols jouent un rôle essentiel dans le caractère des vins rouges notamment. Dans le vin, nous recherchons des saveurs mais aussi des arômes et ceux-ci naissent de composés aromatiques divers : esters et acétaldéhydes, terpènes plus ou moins volatils pour être capables de se transformer en vapeur pour atteindre notre nez. Entrent également dans la composition du vin des sels minéraux (sulfates, phosphates, chlorure), des minéraux (potassium et calcium) et des vitamines. 2 à 3 % des composants du vin relèvent encore du mystère, d’où l’impossibilité de le reproduire en laboratoire.

L’histoire du vin

La plus ancienne trace de vin en tant que raisin fermenté daterait au moins de l’an 3000 avant J-C en Mésopotamie (plus ou moins l’Irak actuel). Puis les Perses (Iran), les Egyptiens, les Arméniens, et plus globalement la plupart des pays situés à l’est de la Méditerranée, autour de la mer Caspienne et de la mer Noire. En Europe, c’est la Grèce qui est historiquement le premier pays à avoir vinifié. Puis les Romains, qui ont répandu la culture de la vigne dans de nombreux pays au fil de leurs conquêtes, dont la Gaule. Et c’est à Marseille que sont certainement nés les premiers vins français. Vers le 13e siècle, ces fameux « claret » commencent à être exportés vers l’Angleterre où ils sont très appréciés. Quant aux plantations des vignobles du « Nouveau Monde » (Afrique du sudAustralieEtats-Unis…), elles ont commencé vers le milieu du 19e siècle.

Si de nombreux poètes ont loué les vertus du vin à travers les âges, comme Homère (8e siècle avant J-C) ou Ausone (3e siècle après J-C), aucun homme n’avait réussi à percer le mystère de la fermentation, associé à une intervention divine. C’est seulement à la fin du 19e siècle, avec les travaux de Pasteur (1857), que l’on a compris le rôle des levures dans le processus totalement naturel de transformation des sucres en alcool. Au 20e siècle, deux professeurs, Ribéreau-Gayon et Peynaud, ont enrichi ces travaux, et encore aujourd’hui on cherche à affiner la maîtrise de ce processus.

Un produit culturel

Avant le développement du chemin de fer, on ne buvait du vin que de sa région, de son village voire de sa vigne. Seules les grandes agglomérations étaient approvisionnées. La production vinicole faisait ainsi partie des traditions locales. C’est toujours le cas à l’heure actuelle. Le vin est à l’image du terroir qui l’a vu naître. Il reflète par ses caractères une géographie, un climat, des cépages, le savoir-faire des hommes. L’art de vivre lui accorde une place noble, celle d’un produit gastronomique.

Pectine : Matière organique à la texture gélatineuse que l’on retrouve seulement dans les végétaux, particulièrement chez les fruits et les légumes.

Substances phénoliques : C’est un très vaste groupe de substances dont l’élément structural commun est la présence d’au moins : un noyau aromatique lié à un groupement hydroxyle.

Il n’y a pas de joie sans vin

Talmud

L’Histoire des Primeurs

Chaque année au printemps, vous entendez parler des Primeurs. Mais savez-vous vraiment d’où vient la tradition ? Comment cela fonctionne et qui y participe ?

Un vin primeur est un vin jeune destiné à être consommé dans les mois suivant la récolte. Par exemple, le « beaujolais nouveau » peut être bu à partir de la fin du mois de novembre. Si cette définition est valable dans toutes les régions viticoles françaises, à Bordeaux l’expression « vins primeurs » a une toute autre signification. Il s’agit d’une façon d’acheter les vins et les millésimes les plus recherchés alors qu’ils sont encore en barriques.

D’où vient cette tradition ?

La pratique de la vente en primeur remonterait au XVIIIe siècle, lorsque le négoce venait dans les châteaux quelques mois avant les vendanges pour estimer et acheter la récolte sur le pied. Ils s’occupaient d’ailleurs généralement eux-mêmes de l’élevage et/ou la mise en bouteille des vins. Bordeaux est la seule et unique région au monde à faire appel au système des Primeurs via un marché fermé aussi appelé “Place de Bordeaux”. Il a été créé au début des années 1980 par les britanniques et est rapidement devenu un des piliers des négociants bordelais. Les propriétés vendent la grande majorité de leur production aux négociants de la “Place de Bordeaux” par le biais de courtiers. Les négociants ont pour rôle de représenter les propriétaires de domaines et de distribuer et promouvoir leurs vins à travers le monde. Le Baron Philippe de Rothschild organisa une dégustation de son millésime 1982 dès le mois d’avril, alors que son vin était encore en élevage, dégustation largement relayée dans la presse. Dès 1924, le Baron Philippe de Rothschild avait déjà innové en décidant la mise en bouteilles intégrale au château, notamment pour s’affirmer face à la toute-puissance du négoce bordelais de l’époque. Depuis les années 1970, la pratique des ventes en primeurs permet ainsi au négoce d’acheter et de payer aux propriétés le vin près de deux ans avant leur mise sur le marché. L’avantage, c’est que le négoce « réserve » un certain nombre de bouteilles, à un prix plus intéressant que le tarif du vin vendu en bouteille. L’autre avantage, pour les propriétaires cette fois-ci, consiste à encaisser une avance de trésorerie bien utile pour financer la récolte suivante et l’élevage des vins, avant leur mise à disposition sur le marché.

Comment les Primeurs fonctionnent ?

A chaque printemps, au mois d’avril, des centaines de professionnels du vin affluent à Bordeaux pour l’ouverture de la campagne des Primeurs. Elle rassemble acheteurs, négociants et journalistes pour les dégustations du dernier millésime d’une bonne centaine de propriétés. Elles sont organisées soit par regroupement d’appellations dans différents lieux soit directement au château. Les propriétés utilisent ensuite les retours obtenus sur la qualité du millésime afin de faire des estimations et de déterminer les prix initiaux de leurs vins. Les fameuses notes Parker, très attendues jusqu’à ce que le célèbre dégustateur ne cède son nom et son affaire, avaient pour tradition de donner la tendance définitive au millésime. Le 100/100 (ou à défaut, une note au moins supérieure à 90/100) de Parker assurait au propriétaire de vendre rapidement, et au meilleur prix, sa production. Aujourd’hui, le marché est moins soumis à ce seul verdict. Une fois les transactions effectuées, les vins achèvent leur élevage à la propriété jusqu’à la mise en bouteilles. Ils seront livrés 18 à 24 mois après ces ventes en Primeurs.

Qui sont les participants ?

Historiquement, seuls les grands crus classés participaient aux primeurs, mais aujourd’hui, ce sont la plupart des domaines de qualité, classés ou non. Depuis quelques années cependant, certains domaines ont tourné le dos au système des primeurs tel qu’il est organisé sur la Place de Bordeaux, à l’instar du célèbre château Latour, qui a quitté le système dès le millésime 2012, ne proposant ses vins sur le marché que lorsqu’ils sont prêts à boire.

Pour quelles raisons il faut acheter ses vins de Bordeaux en primeurs ?


Cela vous permettra de réserver les vins de prédilection lorsqu’ils sont très demandés sur le marché ou que la production est en faible quantité. Vous pourrez également économiser de façon substantielle par rapport au prix futur du vin. Ce gain est d’autant plus important lorsque les châteaux ou le millésime sont prestigieux et très demandés. Acheter vos vins en Primeurs, vous garantit l’origine des vins : une provenance directe des châteaux et conditions optimales de conservation. Enfin, vous pourrez personnaliser son conditionnement : demi-bouteille, bouteille, magnum, double magnum, impériale…

Au fond du vin se cache une âme

Théodora de Banville

Les Vignobles Siozard, des frères éclectiques

Une propriété familiale, basée dans l’Entre-deux-mers, depuis six générations ainsi qu’une deuxième propriété en plein cœur des Graves, les Vignobles Siozard ont une large palette de vins pour satisfaire un grand nombre d’amateurs. David et Laurent Siozard forment un duo complémentaire pour la création et la commercialisation de leurs vins.

« Nous avons la propriété principale, le Château du Claouset, qui se situe à Lugaignac sur un coteau argilo-calcaire. Elle est en début de l’Entre-deux-mers. Nous y avons plus d’une cinquantaine d’hectares et huit cépages rouges (merlot, cabernet franc, cabernet sauvignon, petit verdot, carménère, malbec, marselan* et le castets*) ainsi que quatre cépages blancs (sauvignon blanc, sauvignon gris, muscadelle et sémillon). Nous produisons des vins génériques, des vins d’assemblages en Bordeaux rouge, rosé et blanc ainsi qu’une gamme de vins de cépage, la gamme Ipsum – qui signifie « lui-même » en latin – avec les six cépages de Bordeaux : le merlot, le cabernet franc, le cabernet sauvignon, le petit verdot, la carménère et le malbec » m’explique David. Sur chaque étiquette de cet éventail de bouteilles se trouve le dessin d’une goutte. « Cela permet aux gens de mémoriser le goût et l’identité de chaque cépage. On ne s’interdit pas de faire des choses différentes en complément de nos cuvées château. »

« Tant que les raisins ne sont pas dans les cuves, on ne parle pas de récolte »

Le grand-père de David et Laurent

Sur cette principale propriété, trois cuvées singulières sont également produites. « Elles sont dans la lignée d’aujourd’hui, en phase avec la demande avec un profil sur le fruit. Le premier, La Villa Lucanius. À deux cents mètres du domaine se trouve une villa gallo-romaine, sur laquelle il y a eu un champ de fouilles dans les années 80. Je me suis inspiré de la cartographie qui a été faite de cette villa pour créer une cuvée car notamment dans cette fouille a été découverte des débris d’amphores dans lequel il y avait eu du raisin macéré. La vigne ce ne sont pas les gaulois qui l’ont créée, ce sont les romains qui l’ont amenée quand ils se sont installés un peu partout en Gaule. Notre village c’est Lugaignac et ce préfet romain qui était propriétaire de cette énorme villa s’appelait Lucanius donc on a créé cette cuvée en hommage à ce préfet qui nous a amené la vigne, à ce site historique. » C’est un assemblage 50% malbec – 50% cabernet sauvignon, il connaît une macération pré-fermentaire pendant cinq jours, une fermentation alcoolique, une macération pendant vingt jours à 25° puis un élevage en barriques neuves de chêne Français pendant 12 mois.

Les deux autres vins ont une particularité : la bouteille. Au lieu d’être une bouteille bordelaise, c’est une bouteille bourguignonne. « Le deuxième est la version rouge, il se nomme Hexa. C’est une cuvée originale issue d’un assemblage aux proportions identiques des six cépages rouges emblématiques du Bordelais (merlot, cabernet franc, cabernet sauvignon, malbec, carménère et petit verdot). Il est élevé en amphore de 750 ou 1 000L. Il détient un profil extrêmement fruité avec des notes de chaque cépage vraiment complémentaire. » Le contenant, l’amphore, est vraiment un plus à ce vin car c’est un contenant minéral, il permet aux tanins d’être plus soyeux. Dû à la pression lunaire, les lies sont toujours en suspension et cela permet au vin de se régénérer et de s’auto-alimenter. Cela renforce le côté très fruité et gourmand. « Nous l’avons créé il y a trois ans et il est vendu en primeur. Les clients savent qu’il faut le commander en avance pour en avoir. »

« Le troisième est un vin orange. C’est une création 2022 ! Alors le vin orange est un vin blanc élaboré comme un vin rouge. C’est-à-dire que l’on ramasse les raisins, chez nous, de sauvignon gris, on les fait macérer, on les presse et le jus qui est devenu du vin est mis en amphore le temps de nos vendanges environ 45 jours. Nous n’avons pas voulu tendre vers un profil oxydatif. Il s’ouvre sur des arômes de pamplemousse, des parfums de fruits de la passion et de litchi. C’est un vin frais et complexe. En dégustation à l’aveugle, personne ne devine que c’est un Bordeaux et encore moins un Entre-deux-mers. C’était un vrai challenge pour nous. »

« Je savais que je reviendrai à la propriété ! J’y étais fortement attaché ! »

David

« Pour terminer sur les vins que nous faisons à Lugaignac, nous avons deux autres cuvées décalées de frais. Nous avons lancé des étiquettes avec du sable. Du jamais fait ! Nous avons produit un rosé en IGP* de l’Atlantique avec un pressurage direct de cabernet sauvignon, malbec et cabernet franc. Il a une couleur très pâle à tendance provençale. On est sur du fruit, de la fraîcheur, de l’aromatique avec un effet salivant. Nous avons fait une déclinaison en blanc avec une typicité Entre-deux-mers également en IGP de l’Atlantique. Il est fait avec du sauvignon blanc. C’est un clin d’œil à la plage, à l’été, il est simple et bien fait. »

Les vignobles Siozard ce n’est pas seulement Lugaignac c’est aussi le plein cœur des Graves notamment à Barsac. Achetée au retour de David il y a 10 ans, le château Lapinesse avec ses sept hectares vient compléter la gamme. Un profil plus qu’intéressant car il apporte une grosse variété d’appellations (Sauternes et Graves Supérieures ainsi que des vins des Graves). « C’est un endroit où l’on produit un vin beaucoup plus confidentiel, on s’y fait plaisir. On vendange tout à la main. Sur ce domaine, nous produisons deux blancs secs, un blanc de garde, trois rouges et quatre vins sucrés (un moelleux et trois liquoreux). »


« Nous avons une gamme extrêmement large et c’est notre force ! »

David

« Nous avons été labellisé en agriculture raisonnée « Terra Vitis » depuis 2016 et entreprise Haute Valeur Environnementale depuis 2018. Nous sommes conscients de la fragilité de notre environnement naturel, nous sommes en conversion à l’agriculture biologique. C’est une demande de plus en plus importante. Et le taux de conversion dans le Bordelais est en augmentation. Bordeaux joue le jeu et fait d’énormes efforts pour rester dans la course même s’il n’y a pas beaucoup de relais au niveau national ! » Un respect de plus en plus grand pour le milieu où ils travaillent. Pourtant David ne se destinait pas forcément au vin. « A 18 ans, je ne buvais pas de vin. Mon père pensait même que je n’étais pas son fils, qu’il y avait eu une erreur à la maternité ! Je n’avais aucun intérêt pour le vin ! Je voulais faire comme ma grand-mère paternelle, je voulais prendre les avions, découvrir des gens, m’ouvrir au monde. J’ai fait des études de commerce international qui ont été extrêmement formatrices et qui m’ont permis de créer un réseau. Cela nous a permis avec mon frère d’apporter une vraie flexibilité, une vraie adaptation de nos profils de vin. Mon frère, dès son arrivée en 2001, sur la propriété l’a très vite structuré. Nous avons compris que nous sommes nombreux sur le marché, qu’il faut se diversifier et que les places sont chères. À nous d’arriver avec des produits plaisants, atypiques et réguliers en qualité. L’avantage est que nous sommes complémentaires : j’ai besoin de ses vins pour les marchés, il a besoin d’argent pour acheter les machines qui permettront de produire le vin. Nous pouvons également énormément compter sur notre père qui vaut de l’or ! »

« C’est un métier de passion ! Nous restons motivés et ambitieux malgré la difficulté ! »

David

N’hésitez pas à aller à la propriété ou à les contacter sur les réseaux sociaux pour découvrir leurs vins !

Marselan :  C’est un cépage noir issu d’un croisement réalisé en 1961, entre le cabernet-sauvignon et le grenache noir. Ce cépage a été introduit dans le vignoble de la vallée du Rhône, du Languedoc, en Suisse, en Californie et en Espagne. Les grappes du marselan sont de petites à moyennes tailles.

Castets : Découvert en Gironde vers 1870 par Nicouleau et multiplié par Castets vers 1875. Ce cépage, que l’on rencontrait très régulièrement côté rive droite de la Garonne, est aujourd’hui en voie de disparition. Il est le fruit d’un croisement naturel entre le camaraou noir et le gros cabernet. Ses grappes sont moyennes à grandes.

IGP : L’indication géographique protégée est un signe d’identification de l’Union européenne qui désigne des produits dont la qualité ou la réputation est liée au lieu de production, de transformation ou d’élaboration.